Philippe Laporte s’est intéressé à la politique dès l’enfance. Pris d’admiration pour René Théodore, il rejoindra le parti politique dirigé alors par celui-ci, à savoir le Mouvement pour la reconstruction nationale (MRN). Ayant appris à connaître ce qu’est l’idéal communiste, Philipe Laporte s’affirme aujourd’hui en tant que communiste et entend défendre ses idéologies. Il est actuellement co-fondateur de MORAL (Mobilizasyon pou Rekonstriksyon yon Ayiti Lib), une organisation politique et populaire qui prône, ce qu’il appelle un marxiste haïtien.

Port-au-Prince, le 6 juillet 2020_ En Haïtien natif natal, Philippe Laporte a grandi au pays et y a fait l’ensemble de sa formation professionnelle. Diplômé en sciences de l’éducation à l’université Quisqueya, il a toute sa vie exercé le métier d’enseignant. « Je ne suis pas historien de formation, mais je suis enseignant d’histoire au niveau du secondaire », précise-t-il.

À entendre cet homme à l’esprit particulièrement vif, l’enseignement est l’unique chose pour laquelle il détient un véritable savoir-faire. « C’est l’un des plus beaux métiers existant », affirme-t-il. À tel point qu’après son voyage en 2006 pour le Canada où il réside actuellement, Philippe a continué à enseigner l’histoire. Puis, il y a obtenu son Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en éducation des adultes. Un champ qu’il juge n’ayant pas encore véritablement exploité.

En terme de « politique active », nous apprend Philippe Laporte, l’expérience n’a pas été des plus longues. En 1986, année importante pour le pays qui s’ouvrait à une expérience démocratique, Philippe était âgé de 9 ans seulement. Cependant, il estime qu’il avait, tout comme l’ensemble de sa génération, un plus par rapport à la génération précédente. Celle-ci était née sous le règne des Duvalier et n’a pas eu la chance de faire l’expérience des diverses orientations politiques qui commençaient à peine à s’exprimer librement au sein de la société. Et c’est justement ce plus vécu qui fait que sa génération sera très tôt « éveillée à des questions politiques, et de société ».

Lui-même avait pratiquement entre 9 et 10 ans à ses débuts. « Mon intérêt pour la politique s’est manifesté le jour où j’ai entendu parler pour la première fois René Théodore », confie Philippe Laporte qui, jusqu’alors, ignorait tout de la personne. « J’ignorais si c’était un communiste qui s’exprimait…et le poste même qu’il occupait ne me disait rien, à savoir Secrétaire général du parti MRN qui, pour sa part, est fils du Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH) ». Seul comptait le fait que René Théodore intervenait à une émission, et que lui-même a été littéralement charmé par le « charisme naturel » du personnage.

D’ailleurs, ce dernier sera à l’origine de ses recherches concernant le communisme. Après qu’il ait publiquement exprimé sa sympathie pour l’homme politique, il sera intrigué d’apprendre qu’il était lui aussi un communiste. Ainsi, il a cherché à connaître de quoi on le qualifiait jusqu’à se définir en tant que tel.

Et comme pour tout individu de l’époque, le passionné qu’il était alors a pratiqué la politique de salon à ses débuts. Pour lui, c’est l’époque de « froissement d’idées et d’engagement ». Chez lui ou tout simplement dans des foyers l’ayant vu grandir, il participait à de houleux débats avec ses pairs. Et ne s’engagera activement dans la politique que vers 1995 avec l’exclusion du MRN des élections d’alors.

« Je m’étais préparé à mener campagne pour le MNR en pensant que j’allais poser des affiches par-ci par-là». D’autant plus que René Théodor dont il était fan, se portait candidat au Sénat. Mais le conseil électoral provisoire de l’époque « dominé par l’OPL, le parti LAVALAS, ou du moins toutes les tendances confondues » a choisi d’exclure le MNR. Ce fut un choc pour le jeune fougueux, mais encore immature. Il s’était reproché de ne s’être pas réellement engagé politiquement et confie avoir ressenti un sentiment d’impuissance. Raison pour laquelle, il s’est juré de s’investir comme il convient pour que la prochaine fois que cela devait arriver, il puisse « être en position de pouvoir réagir et ne plus rester au simple stade de frustration individuelle ».

Chose dite, chose faite. Philippe Laporte devient membre du MRN dans les années 2000. Parti au sein duquel il dit avoir non seulement joué un rôle significatif, mais aussi s’être « réellement procuré les armes d’individu faisant de la politique active ». En outre, c’est l’unique parti avec lequel il a signé un formulaire d’adhésion.

À la mort de René Théodore, chef de file du MRN, Philippe Laporte dit avoir participé à maintenir en vie le parti. Car, un problème quant à la succession de René Théodore s’est très vite présenté. « Il fallait quelqu’un de capable pour occuper ce poste ». Par suite de quoi le Dr Jean Hénold Buteau, s’est alors retrouvé à aux commandes en tant que Secrétaire général du parti.

Cette expérience aura été très enrichissante pour Philippe. Cependant, il dût partir à l’étranger pour son DESS. Ce qui aura pour effet, son retrait du terrain politique. Mais ayant toujours gardé contact avec ses compagnons de lutte, Philippe Laporte est, malgré son absence de la politique active, resté proche des actualités de son pays, faisant en sorte de contribuer dans la mesure du possible à travers ses écrits ou prises de parole.

« Aujourd’hui les haïtiens sont de plus en plus conscients du fait que le pays n’a pas les moyens d’accorder ou de maintenir les privilèges pour quelques-uns tout garantissant à tous l’exercice des droits sociaux », martèle le co-fondateur de MORAL, plateforme politique mise sur pied le 5 mai 2019. Comme l’eut à dire Thomas Sankara du Burkina, Haïti aussi devrait choisir entre le champagne pour quelques uns et l’eau potable pour tous. C’est à ce moment que se posera la question essentielle…celle du partage du peu de richesses que nous produisons. Interrogation qui se retrouve être l’intuition originelle du communisme. Car il existe un intérêt général humain qui dépasse les intérêts particulier de quelques uns.

Philippe Laporte dit être intimement convaincu de la nécessité de remobiliser les communistes haïtiens. « Je suis aussi attiré par le projet de rassemblement des progressistes des deux rives (droite et gauche) que propose MORAL », nous dit-il. Son objectif est que cette tentative puisse contribuer à construire 4 partis politiques forts reflétant quatre grandes tendances. Cependant, le nivellement des partis, précise M. Laporte, se fera non à travers des législations, mais plutôt à travers des pratiques politiques et des élections crédibles.

Cela dit, sa vision du communisme en tant qu’idéologie est tout sauf dogmatique. Marxiste étant, il considère le marxisme comme une grille ou du moins un instrument d’analyse pour mieux comprendre les sociétés humaines et les contradictions qui y résident. « Je suis un marxiste et je crois que les analyses de Marx concernant les sociétés capitalistes avancées sont justes… Et ses méthodes d’analyses sont applicables à toutes sociétés de classe ».

Nous vivons dans des sociétés de classe depuis quasiment l’invention de la propriété. Et ceci est suffisant, selon le défenseur de l’idéologie de Karl Marx, pour dire que le marxisme sera éternellement d’actualité pour analyser les sociétés de classes.

Le stade suprême de l’évolution d’une société vers le bonheur c’est la société sans classe. Et le communisme comme idéal c’est cela. De même que Philippe Laporte croit que l’être humain ne pourra jamais atteindre le bonheur, de même il croit que le communisme est un idéal qui n’est pas nécessairement atteignable, mais plutôt vers lequel on se doit de tendre.

Le communiste considère la société sans classe comme le modèle à vivre. C’est la raison pour laquelle Philippe Laporte dit se considérer comme tel. « Seule une société sans classe est parfaitement égalitaire et peut permettre l’accomplissement du bonheur individuel pour chacun », clame notre citoyen politique.

Par contre, même si elle ne se veut pas dogmatique, toute idéologie doit s’adapter au principe de réalité. Car chaque société a la sienne, soutient M. Laporte. Dynamique étant, chaque société, dans son histoire, son niveau de développement et organisation, aura le marxisme et le communisme qui reflétera sa réalité particulière. Ainsi, on peut trouver tout type de marxistes, à savoir de marxistes léninistes, ou encore des marxistes trotskystes.

Pour sa catégorisation, Philippe Laporte affirme faire partie des communistes haïtiens. Les communistes haïtiens réfléchissent à ces questions d’adaptation du socialisme et communisme à la réalité haïtienne.

Ainsi donc, Philippe Laporte est un marxiste haïtien. Plus précisément, un marxiste à la fois rouméniste et alexiste.

Rebecca BRUNY

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